Aéroports : quelle évolution depuis 20 ans ?

Tandis que la construction du nouvel aéroport de Notre-Dame-des-Landes fait toujours polémique, un rapport* commandité par le Conseil Supérieur de l’Aviation Civile (CSAC) fait le point sur l’évolution du maillage aéroportuaire français. Ses conclusions sont riches d’enseignements...

Le premier enseignement de ce rapport tient en deux chiffres : « Le nombre de voyageurs ayant transité par des aéroports hexagonaux est passé de 90 millions en 1994 à 164 millions en 2014 », résume Laurent Terral, co-auteur du rapport et chercheur au Laboratoire Ville Mobilité Transport (LVMT) de l’Ifsttar. Principal facteur, la progression fulgurante des flux internationaux responsables de 93,3 % de cette croissance à eux seuls. Mais les grandes tendances à l’œuvre ne sont pas toujours celles qu’on imagine. Un exemple ? Bien que les aéroports parisiens polarisent toujours plus de la moitié du trafic, cette proportion tend à la baisse depuis une décennie, sous la poussée de leurs homologues de province. La contribution de ces derniers à la hausse du trafic est en effet passée de 40 % pour la période 1994-2004, à 56 % sur 2004-2014.

Un trafic quasiment doublé... mais des disparités

Pour autant, les situations sont très diverses d’un aéroport à l’autre en termes de hausse de trafic, d’équilibre budgétaire, de vocations (grand public/vols privés d’affaires), etc. Et globalement, depuis une vingtaine d’années, le trafic aérien se concentre dans une dizaine d’aéroports dépassant chacun les 3 millions de passagers annuels. « Mais il n’exclut pas quelques succès locaux comme à Carcassonne et Bergerac, ce qui constitue aussi un vrai changement », ajoute Laurent Terral. Selon le rapport, l’équilibre budgétaire d’un aéroport serait toutefois très difficile à tenir sous la barre des 500 000 passagers par an... et carrément impossible à moins de 200 000.

Les auteurs ont aussi identifié de nombreux facteurs expliquant notre paysage aéroportuaire actuel : compagnies low cost ayant reconfiguré les flux passagers, décentralisation opérée par l’État depuis 2005, concurrence du TGV et des autoroutes, baisse des aides publiques, etc. Toutefois, la connectivité de l’Hexagone reste bonne, avec la plupart des territoires aujourd'hui à moins de deux heures d’un aéroport connecté à un hub intercontinental. Reste toutefois des aéroports à faible trafic dont la viabilité pourrait passer par une relance du tourisme selon les auteurs. Plus largement, ces derniers formulent toute une série de recommandations pour aider les aéroports à accroître leur compétitivité, et les régions à adapter au mieux le maillage aéroportuaire, pour mieux comprendre les modes de gestion publique et privée, etc.

Des questions en suspens

Au final, ce rapport aidera les acteurs locaux à la prise de décisions pour l’avenir de leurs aéroports. « Mais nombre de questions demeurent encore en suspens sur les interactions qui s’organisent entre un aéroport et son territoire d’adoption, complète Laurent Terral. Car aussi surprenant que cela puisse paraître, les aéroports restent encore des sujets peu étudiés. » Des études qui permettraient par exemple de mieux cerner leur impact sur l’aménagement, l’attractivité et le dynamisme économique des territoires. Et le chercheur du LVMT de conclure : « Sur tous ces sujets, l’Ifsttar dispose de ressources et peut apporter des éclairages originaux. » Une proposition bienvenue alors que toutes les nouvelles super-régions se demandent aujourd’hui comment faire évoluer leur schéma régional d’aménagement aéroportuaire.

 

* « Rapport sur le maillage aéroportuaire français », CSAC/DGAC/CGET, 2017.